dimanche 31 janvier 2010

Miettes de la table, Luc 4, 21-30

4e dimanche du temps ordinaire, Luc 4, 21-30

Jésus apparaît dans cette page éminemment provocateur.

D’abord, il refuse de répondre aux voeux des habitants de Nazareth et il se dégage du rôle de thaumaturge que l’on attendait de lui d’après une réputation déjà solidement ancrée.

Pire ! Il prend à rebrousse-poil ses compatriotes ; crevant l’abcès de leur incrédulité, il anticipe le rejet dont il va être victime de la part des siens.

Ces provocations exhibent plus qu’elles n’exacerbent la violence qui se fait jour à la fin du passage ; Jésus semble avoir le contrôle sur cette violence qui n’est qu’une répétition de celle du récit de la passion.

Pourtant, Jésus ne fait que révéler un trait du caractère de Dieu révélé par les prophètes. Prenant exemple sur l’épisode de la veuve de Sarepta (1 Rois 17) ou sur la guérison de Naaman (2 Rois 5), il met en évidence le choix radical de Dieu pour les étrangers.

Voici la source véritable du mécontentement des habitants de Nazareth : l’amour de Dieu, son pouvoir libérateur ne peuvent être confisqués par aucun terroir, aucune synagogue, aucune église, aucune communauté… Si Dieu est amour, cet amour ne peut se comprendre que dans l’universalité. Pourtant les exemples retenus par Jésus montrent aussi que cet amour s’inscrit toujours dans une rencontre individuelle.

C’est une thématique chère à Luc qui fait des étrangers, des pauvres et des exclus les bénéficiaires premiers de l’amour de Dieu qui instaure une relation et restaure leur dignité.

Recevons-nous volontiers cet amour qui nous rejoint au plus intime de nous-mêmes sans jamais se circonscrire à nos frontières ?

Jean VILBAS

Autres lectures : Psaume 70, Jérémie 1 : 4-19, 1 Corinthiens 12 : 31- 13 : 13

dimanche 24 janvier 2010

Miettes de la table, Luc 1: 1-4, 4:14-21

3e dimanche du temps ordinaire, Luc 1: 1-4, 4:14-21

La préface de l’Evangile de Luc mérite qu’on s’y arrête quelques instants. Elle met en effet en tension divers éléments qui sont constitutifs de notre expérience de lecteurs du XXIe siècle.

Comme Théophile – celui qui aime Dieu, le destinataire de cette adresse et de cet évangile, nous avons eu connaissance de la personne de Jésus.

Nous fondons cette connaissance sur les Ecritures ; « récit des événements » et « exposé suivi », les évangiles nous proposent sur Jésus un regard sélectif, structuré par quelques grandes convictions qu’ils nous invitent à partager.

Ces convictions puisent à ce qui a été transmis… La tradition (transmission) précède toujours l’Ecriture (n’en déplaise à certains protestants) même si ce qui est écrit lui impose des limites (n’en déplaise à certains catholiques).

Ce qui a été transmis est ancré dans l’histoire. L’évangéliste mentionne ici des « témoins oculaires » et une scrupuleuse collecte d’informations ; la conviction chrétienne, héritée du judaïsme, est bien celle d’un Dieu à l’œuvre dans l’histoire humaine.

Cette transmission est attribuée à ceux qui sont devenus serviteurs de « la Parole ». Cette expression désigne de manière ultime la personne de Jésus, en qui Dieu s’est fait connaître dans l’histoire des hommes.

La fin du passage le met en scène.

Lecteur de l’Ecriture, il en redit les attentes et les promesses – une Bonne Nouvelle pour celles et ceux qui sont dans la désespérance.

Par son bref commentaire, il se présente comme l’accomplissement de cette promesse qui donne vie à l’Ecriture.

Jean VILBAS

Autres lectures : Psaume 18, Néhémie 8 : 1-10, 1 Corinthiens 12 : 12-30

dimanche 17 janvier 2010

Miettes de la table, Jean 2 : 1-12

2e dimanche du temps ordinaire, Jean 2 : 1-12

Dans cet épisode Marie, la mère de Jésus, est invitée à un mariage. Jésus et ses disciples sont également invités. Jésus vient d’appeler quelques uns de ses premiers disciples, son ministère public vient de commencer. Le groupe vit ses premiers jours ensemble, personne ne sait encore que Jésus est le Messie promis.

Ce passage révèle la totale humanité de Jésus : il participe à une fête de mariage orientale. Celle-ci dure plusieurs jours de banquets, de divertissements et surtout la fête était largement arrosée. Jésus participe aux fêtes volontiers, il se fera inviter tout au long de son ministère à différents repas et banquets. Oui Jésus n’est pas uniquement préoccupé de questions spirituelles et théologiques. Il est humain, comme nous.

Mais également je retrouve Jésus totalement divin, car lorsque le vin vient à manquer, il change l’eau en bon vin et par là montre à ses disciples « sa gloire » (son pouvoir sur les éléments.) Ainsi suite à ce premier signe étonnant, ses disciples croient en Lui. Ils entrevoient que Jésus est plus qu’un simple fils de charpentier, et qu’Il est le Maître.

Pourquoi Marie se tourne-t-elle vers Jésus lorsque le vin vient à manquer ? Savait-elle qu’Il pouvait faire quelque chose ? Lui demande-t-elle implicitement d’intervenir ? Pourquoi Jésus lui répond-il apparemment plutôt sèchement ? « Mère, qu’est-ce que tu me veux ? Ce n’est pas encore le moment pour moi. » Peut-être n’avait-Il pas prévu de se faire connaître par un signe extraordinaire, mais préférait-Il parler du Royaume de Dieu à ses compatriotes.

Mais voici le plus émouvant pour moi : Jésus répond à cette prière à peine exprimée. Il intervient et permet à la fête de continuer. Et il répond en donnant de l’excellent vin ! Voici bien pour moi le meilleur de ce récit : Jésus répond à nos prières au-delà de nos attentes, malgré parfois un délai entre la demande et la réponse.

Martine

Questions :

1) Jésus était-il un « bon vivant » ?

2) Comment pouvons nous concilier l’exigence de sainteté avec la possibilité, ouverte par Dieu, de jouir de toute la création ?

3) Comment comprendre le développement d’un christianisme ascétique à l’aune de ce passage

Prière

Jésus, permets que nous venions à Toi avec nos soupirs, nos cris, à peine exprimés. Nous avons confiance en Toi et savons que Tu répondras pour nous combler. Tu sais ce qui est bon pour nous et Tu répondras à Ton heure. Que ta bonté à notre égard nous attache de plus en plus à Toi.

Autres lectures :Psaume 95, Esaïe 62 : 1-5, 1 Corinthiens 12 : 4-11

mardi 12 janvier 2010

Retourner nos questions en questions sur Dieu

On trouve en anglais de nombreux blogs chrétiens inclusifs et, sur ceux-ci, des méditations et des prédictions d'une grande richesse spirituelle. Ainsi, sur le blog Sisterfriends Together nous avons trouvé ce texte beau et essentiel, qui pourrait bien, si nous nous en saisissons, changer nos vies en ce début 2010. Nous vous en proposons ici une traduction française.


Traduction de "Turning Our Questions to Questions of God"


Aujourd'hui, alors que je lisais quelques vieux e-mails que j'avais gardés de ces derniers mois, je me suis trouvée en train de penser que peut-être, j'ai tout faux, ou en tout cas j'ai considéré certaines questions sous le mauvais angle.

Derrière toutes les questions que les gens posent sur la Bible et l'homosexualité, le combat pour réconcilier le fait d'être homosexuel et le fait d'être chrétien, il y a quelque chose de bien plus fondamental : ce que nous croyons à propos de Dieu.

Et s'ils avaient raisons quand ils disent que Dieu haït l'homosexualité? Est-ce que Dieu va m'envoyer en enfer parce que j'aime une femme? Je suis mort-e de peur que Dieu me rejette, ou que ce soit déjà fait! Peut-être que Dieu me demande de sacrifier mon bonheur pour Le suivre? Si Dieu ne veut pas que je sois Gay, pourquoi ne m'aide-t-Il pas à changer? Si c'est tellement mal d'être gay, pourquoi a-t-il laisser cette chose horrible m'arriver à moi, qui n'ai rien fait d'autre que L'aimer toute ma vie durant?

Peut-être que cette année, celles et ceux d'entre nous qui sont encore pris dans ce combat auraient besoin de laisser de côté les 6 passages bibliques qui sont utilisés par les églises pour condamner l'homosexualité, et arrêter de chercher à répondre aux arguments montrant qu'on ne peut pas être chrétien-ne et queer. Peut-être que, pour le temps qui vient, nous devons nous détacher des condamnations de l'homosexualité qui ont été intériorisées, ancrées en chacun et chacune d'entre nous qui avons passé une part plus ou moins longue de notre vie dans des églises conservatives. Et au lieu de tout cela, nous devrions recentrer notre attention sur Dieu, et seulement sur Dieu.

  • · Qui est Dieu pour moi?
  • · Comment est-ce que je décrirais Dieu à quelqu'un d'autre?
  • · Quelle est la nature de Dieu? Quelles sont ses qualités? Quelles sont ses caractéristiques propres?
  • · Qu'est-ce qui fait que Dieu se lève tous les matins?
  • · A quoi Dieu occupe-t-il ses journées?
  • · Qu'est-ce que Dieu pense de moi?
  • · Qu'est-ce que Dieu veut pour moi?
  • · Qu'est-ce que Dieu pense de ceux qui sont contre moi? Qu'est-ce qu'il veut pour eux?
  • · Comment Dieu veut-Il entrer en relation avec moi?
  • · Quel est le désir de Dieu pour toute la création?

En d'autres mots, arrêter de tourner en rond dans les questions à propos notre homosexualité, et tourner toute notre attention vers Dieu, vers des questions à propos de Dieu. Parce que lorsque nous clarifions dans notre compréhension de Dieu, je pense que nous aidons à résoudre toutes les autres questions qui nous lient, toutes celles où nous nous sentons coincés. Nous sommes parfois tellement centrés sur des problèmes centraux de nos vies que nous en perdons de vue les relations dont nos vies sont tissées, notre relation à Dieu et notre compréhension de la relation que Dieu a avec nous.

Tout ce que je vous demande, c'est de penser sérieusement à votre propre théologie personnelle : quelle est votre théologie, votre appréhension de qui est Dieu, parce que la théologie (les croyances sur Dieu) c'est au bout du compte quelque chose de très personnel. Alors que notre première théologie a été construite à partie de ce qu'on nous a enseignée, et de ce que nous avons vu autour de nous, à travers les vies de nos familles et de nos communautés religieuses, lorsque nous mûrissons et entrons dans la maturité de notre foi, lorsque nous gagnons une indépendance spirituelle, il devient nécessaire que nous définissions notre foi en Dieu, nous-mêmes et pour nous-mêmes, parce que c'est cela, et seulement cela qui va nous guider pour le reste de notre vie. Comment nous "entendons" Dieu et comment nous expérimentons l'action de l'Esprit, sont seulement des extensions de ce que, au fond de nous, nous croyons déjà que Dieu veut pour nous, pour toute l'humanité, et pour toute la création.

Voilà comment nous devrions commencer 2010 : on nous cessant de consacrer tant de temps, d'attention et d'énergie à nous réconcilier avec notre sexualité, ou à nous opposer aux églises qui condamnent l'homosexualité, ou à nous battre contre un monde d'inégalité et d'injustice, et en nous situant ailleurs : en nous perdant dans un questionnement sprirituel bien plus grand : la question de Dieu. Cette question au bout du compte nous mènera vers des espaces de paix et de confiance, des espaces d'assurance pour toutes les autres questions de nos vies.

dimanche 10 janvier 2010

Miettes de la table, Luc 3 : 15-22

2e dimanche du temps ordinaire, Luc 3 : 15-22

Aujourd'hui, je t'ai engendré !

Sept petits versets et pourtant tout est dit : la Vie, l'Amour, la Trinité, la venue du Fils bien-aimé de Dieu, la Bonne Nouvelle. Sept versets tirés de l'Evangile de Luc. Evangile… Bonne Nouvelle, le même mot, la même joie et surtout la même espérance.

« Tu es mon fils, aujourd'hui je t'ai engendré », dit la voix venue du ciel. Est-ce à penser que la Nativité n'est pas la naissance de Jésus ? La vrai naissance du Christ vient comme la nôtre : dans le baptême. C'est à ce moment précis que nous devenons enfants de Dieu, frères et soeurs du Christ. C'est dans l'Esprit Saint et le feu que nous naissons à la vie dechrétien. Ce qui est né de la chair est chair et ce qui est né de l'Esprit est Esprit.

Jésus vient à Jean pour se faire baptiser ! Lui, le Fils de Dieu qui aurait pu prétendre à des privilèges, à des honneurs, vient s'immerger dans notre humanité en se plongeant dans les eaux du Jourdain. C'est au milieu de tous ceux qui étaient là à demander le baptême que Jésus vient, au milieu des parias, des exclus, des rejetés, au milieu de ceux qui étaient différents et qui n'avaient pas une place d'honneur dans les temples et les synagogues. Voici venir Jésus le Messie annoncé par les prophètes, Il s'invite dans nos vies, dans nos coeurs éprouvés. « Je suis différent, je ne fais pas partie de l'élite et je n'ai pas ma place ! » Voilà ce que croyaient ceux qui n'avaient pas la « sainteté » des prêtres et des grands du temple de Jérusalem et pourtant c'est avec eux, avec moi, avec nous que le Fils de Dieu vient se faire baptiser, c'est cela la Bonne Nouvelle. C'est avec nous qu'Il naît à la vraie Vie.

Dans ce passage de la Parole de Dieu sont réunis le Père, le Fils et l'Esprit saint, la Trinité, Dieu entier, Dieu un. Le Fils se plonge dans la condition humaine, l'Esprit vient du Ciel et la voix de Dieu se fait entendre : Dieu se fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu avec nous, Emmanuel. Le ciel s'ouvre à nos pauvretés, à nos souffrances humaines. Le Seigneur Tout-Puissant se donne à nous pauvrement, humblement parce que nous sommes nous-aussi Ses enfants bien-aimés en lesquels Il a mis tout Son Amour. Si Jésus vient à nous, allons-nous comme ses contemporains être dans l'attente de Sa venue ?

Sommes-nous disposés à accueillir le Seigneur qui, dans un élan d'Amour fou, se rend vulnérable en devenant Homme parmi les hommes ? Saurons-nous ouvrir nos coeurs à la Bonne Nouvelle ? Saurons-nous accepter les persécutions, les insultes, la diffamation comme l'ont acceptées les prophètes avant nous ? Saurons-nous rester au pied de la Croix Glorieuse pour nous laisser laver dans le sang du Christ ? Rien ne nous est proposé que le Fils de Dieu n'ait pas accepté de souffrir avant nous et pour nous. Lui aussi a connu le rejet, l'exclusion. Le voici encore une fois tellement homme et tellement Dieu. Il accepte de vivre une condition d'homme pour venir à la rencontre de ceux qui étaient dans l'attente. Nous sommes invités aujourd'hui, à nous convertir, à croire en Lui, à croire en la Bonne Nouvelle, à en devenir les témoins privilégiés. Il nous invite à vivre en hommes et femmes libres, libérés de toutes peines et de toutes souffrances. Comme Il s'est immergé dans l'humanité, Il nous invite à nous immerger dans Son incommensurable Amour et à devenir les témoins de la Bonne Nouvelle.

Jésus, baptisé Lui-aussi priait. Jésus priait beaucoup. Il se tournait toujours vers le Père. Aucune prière n'est jamais perdue. C'est dans la prière que nous nous tournons vers le Père nous-aussi pour une intimité incroyable. Le face-à-face avec Dieu se passe dans lap rière, dans un moment de louange. Prier seul et prier en groupe : « Quand vous êtes deux ou trois réunis en Mon Nom, je suis au milieu de vous ». Là encore, Jésus est présent au milieu de nous. Là encore, il vient partager notre existence. C'est un moment de communion et rien ne peut nous séparer de Dieu. Reconnaître le Fils de Dieu et reconnaître que nous sommes tous fils et filles de Dieu, frères et soeurs de Jésus, vivre la Bonne Nouvelle, vivre l'Amour, vivre la Foi et vivre l'Espérance. Voici l'invitation de Jésus.

J'y crois et j'y réponds !

Roland JACQUES

Autres lectures : Psaume 29, Esaïe 42 : 1-7, Actes 10 : 34-38

dimanche 3 janvier 2010

Miettes de la table, Matthieu 2 : 1-12

Année D - 3 janvier 2010, Epiphanie - Matthieu 2 : 1-12

Il y a bien des manières de réagir à la présence de Jésus. Les divers protagonistes de ce passage nous montrent plusieurs réactions possibles.

Hérode est mû par la peur et ne voit dans l’enfant qui vient de naître qu’une occasion de perdre son pouvoir. Le frémissement du chef se répand dans toute la ville.

Les scribes sont placés par l’évangéliste en position d’érudits paralysés par leur savoir. S’ils savent lire signes et prophéties, ils ne s’en émeuvent guère et ne font que pérenniser l’attente.

Le chemin des mages est plus déroutant…

Ce sont des païens, vraisemblablement adeptes de Zoroastre, aux pratiques divinatoires fortement réprouvées par la Loi. C’est pourtant au cœur même de ces pratiques que Dieu, par une étoile, se fait connaître à eux.

Ce sont des voyageurs, prêts à se mettre en marche à la vue du signe, prêts à se mettre en quête pour en trouver le sens. Ils se laissent guider et acceptent volontiers de voir leurs itinéraires bouleversés.

Ce sont – ou plutôt ils deviennent – des adorateurs, ce que souligne le verbe « se prosterner », deux fois utilisé. Ils perçoivent le caractère unique de l’enfant, au-delà des plus modestes apparences.

Ce texte est porteur des désillusions et des espoirs des premières générations chrétiennes. Désillusion quant à l’hostilité des pouvoirs face à un Evangile qui proclame le choix radical de Dieu pour ce qui est humble. Désillusion quant à l’incrédulité de ceux qui ont refusé de voir dans cet Evangile la réalisation des promesses faites à leurs pères. Espoir quant à l’émergence d’un peuple nouveau d’entre l’immense diversité bigarrée des peuples. Espoir… et confiance en la grâce prévenante de Dieu qui vient rejoindre tout homme et toute femme au cœur de sa vie.

Jean VILBAS

Autres lectures : Psaume 71, Esaïe 60 : 1-6, Ephésiens 3 : 2-6