dimanche 25 avril 2010

Miettes de la table, Jean 10 : 27-30

25 avril 2010, 4e dimanche de Pâques, Jean 10 : 27-30

Que de bonnes nouvelles dans ce court extrait de l’Evangile de Jean !

Certes, il est désagréable à la plupart d’entre nous – moi y compris – de se reconnaître dans l’image de brebis, bêlant dans le troupeau !

Mais c’est sur l’image du berger attentionné et fidèle qu’il convient de nous arrêter plutôt que de chercher du sens à tous les détails de la métaphore ; l’image de la brebis ne nous invite pas à la bêtise mais nous situe simplement en relation avec ce berger.

Le texte déploie l’amour de Jésus révélé dans le don de la vie éternelle.

Ce don est gratuit et irrévocable : nul ne nous arrachera de la main du Christ ou comme le dit Paul dans sa Lettre aux Romains (chapitre 8) : « Rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ. »

Ce don est fondé sur la fidélité du Christ qui déclare nous connaître ; il n’est pas le fruit du hasard et nous n’avons pas été aimés arbitrairement.

Ce don nous invite à poser sur nous-mêmes un regard tout neuf ! Nous ne sommes rien de moins qu’un cadeau du Père à Jésus (v. 29) ! Quelle extraordinaire affirmation face à tout ce qui voudrait nous conduire à la mésestime !!! Et quelle invitation aussi à poser ce même regard neuf sur chacun et chacune. « Voici celui/celle qui est précieux/précieuse à mes yeux », nous redit le Seigneur.

Ce don qu’est la vie éternelle ne concerne pas que l’au-delà ! C’est l’un de nos privilèges de croyants de savoir qu’il y a une vie avant la mort ! C’est l’un de nos privilèges de le savoir et d’en vivre vraiment !

Jean VILBAS

Autres lectures : Psaume 99, Actes des apôtres 13 : 14-52 , Apocalypse 7 : 9-17

dimanche 18 avril 2010

Miettes de la table, Jean 21 : 1-19

18 avril 2010, 3e dimanche de Pâques, Jean 21 : 1-19

Pêcheurs d’hommes.

Nous sommes en Galilée pays de Jésus et des disciples, au bord du lac de Tibériade.

Les évènements étonnants, merveilleux et tragiques sont passés. Les disciples sont revenus à l’ordinaire de la vie quotidienne. Tous s’ennuient, ne savent que faire et sont incertains de leur avenir. Ils décident d’aller à la pêche, leur métier. Pierre dit "Je m’en vais à la pêche", et les disciples "Nous allons avec toi. " Ils pêchent toute la nuit et ne prennent rien.

Ils ne reconnaissent pas Jésus sur le rivage qui leur dit "Jetez le filet. " Et alors la parole s’accomplit, les filets se remplissent. A Cana déjà "Remplissez d’eau ces jarres et portez en au maître du repas", c’était le meilleur vin.

Le miracle de cette pêche miraculeuse témoigne de la surabondance.

Jean reconnaît Jésus le premier.

Jean se rappelle d’autres signes de surabondance reçus de Jésus pendant sa vie publique, il se souvient de la transformation de l’eau en vin aux noces de Cana, de la multiplication des pains, de la résurrection de Lazare. C’est la gratuité et la générosité surabondante qui viennent de Dieu. Cette pêche miraculeuse fait ressurgir en lui le visage tant aimé de Jésus et il dit à Pierre "C’est le Seigneur", ce ne peut être que lui.

Jean qui reconnut le premier Jésus est celui que Jésus aimait et qui aimait le plus profondément Jésus. D’ailleurs la preuve est que Jésus lui a confié sa mère, au pied de la croix. Jean était celui qui a été le plus loin avec Jésus, il était au pied de la croix et Jésus lui donne de constituer la première communauté avec Marie. Ils ont vu sur le visage de Jésus crucifié l’immense Amour de Dieu pour le monde. C’est l’Amour qui ouvre les yeux de la reconnaissance et cet Amour est don de L’Esprit Saint.

Alors Pierre à son tour reconnaît Jésus.

Jésus leur dit "Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre", et "Venez déjeuner."

Tous reçoivent le pain et le poisson des mains du Seigneur. C’est l’Eucharistie, ce repas de partage qui nous ressource, que Jésus a institué avant sa Passion.

Jésus après le repas interroge Pierre.

D’abord il nous donne l’illustration de sa relation avec Pierre. Jésus est doux et miséricordieux. Jésus et Pierre se rappellent de la faiblesse de Pierre quand il a renié le Seigneur "Avant que le coq chante, tu m’auras renié tris fois." Mais l’Amour couvre les péchés et Jésus appelle Pierre de nouveau à l’Amour.

Jésus lui demande par trois fois "m’aimes-tu ?" Jésus à besoin que nous l’aimions et est toujours là pour nous relever. Jésus est tellement miséricordieux que c’est à Pierre qu’il donne la mission d’évangélisation.

Pierre va devenir à la suite de Jésus "pêcheurs d’hommes".

L’invitation de Jésus à Pierre se résume en ces deux mots "Suis-moi".

C’est Jésus ressuscité qui est à l’origine de la mission d’évangélisation.

Jésus est sur le rivage, en position stable et les disciples dans la barque forment la communauté. Au temps de la vie publique c’était Jésus qui était "dans la barque" et "de là il enseignait les foules". Désormais ce sont les disciples qui sont "dans la barque" et affrontent les conditions difficiles de la pêche.

Les disciples sont sept, symbole de plénitude. Mais c’est une petite plénitude. Ils ne sont pas douze. Car c’est un nouveau départ.

Jésus apporte son soutien permanent à la communauté par le partage de l’Eucharistie.

L’initiative de la pêche était de Pierre mais elle se révéla stérile. Ils ne prirent rien cette nuit là, le filet est vide. C’est l’épreuve de la stérilité, du découragement de la foi.

Il faut Jésus, ce promeneur de l’aube pour faire l’expérience de la fécondité et de la foi renouvelée.

Et c’est l’Amour qui nous lie à notre Seigneur et à la communauté toute entière des disciples par le biais du partage du repas eucharistique pour refaire nos forces.

Christian

Autres lectures : Psaume 29, Actes des apôtres 5 : 27-41 , Apocalypse 5 : 11-14

dimanche 11 avril 2010

Miettes de la table, Jean 20 : 19-31

11 avril, dimanche de la miséricorde, Jean 20 : 19-31

Lors de la première venue de Jésus, Thomas, dit Didyme (le jumeau), n’était pas présent. Or rien nous est dit sur l’endroit où il se trouvait, et pourquoi il n’était pas enfermé par la peur avec les autres disciples. Mais quand il les retrouve, ceux-ci ont pour lui une nouvelle, ils brûlent de lui dire qu’eux aussi, après Marie de Magdala, ont vu le Seigneur. C’est cela qu’ils lui disent : Nous avons vu le Seigneur !

Dans le témoignage des disciples c’est ce « Nous » qui est premier. Ils ne témoignent pas que le Seigneur est vivant, mais qu’ils l’ont vu. C’est d’eux mêmes qu’ils témoignent et non pas du Christ. Mais cette parole n’a pas d’autorité pour Thomas. Exclu par leur « Nous», il leur oppose son « Je ». Et il joue la surenchère : il ne veut pas seulement voir, mais aussi toucher.

Pendant les jours qui passent, la division s’installe. D’un côté le groupe de témoins qui veulent être crus, qui veulent qu’on accepte la vérité de leurs dires. De l’autre côté, Thomas (et peut-être, plus ou moins ouvertement, d’autres qui n’ont pas vu) qui ne peut pas croire à ce que les autres disent.

Quand le Seigneur apparaît huit jours plus tard, c’est la paix qu’il apporte.

Cette fois ils sont tous là. Il ne reproche pas à Thomas de n’avoir pas cru aux paroles de ses compagnons, mais lui donne ce qu’il a demandé, la possibilité de voir et aussi celle de toucher. C’est alors que Thomas reconnaît son Seigneur et son Dieu, et que Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! ».

On lit souvent cette parole comme si elle était deux. Une première adresse à Thomas, une parole de condamnation. Et l’autre adressée à tous ceux qui n’ont pas vu, une parole d’exhortation. On a d’ailleurs facilement tendance à nous reconnaître dans ceux qui, par la force des choses, n’ont pas pu voir.

Mais en sommes-nous sûrs ? Pourquoi penser que le Seigneur condamne Thomas alors qu’il consent à sa requête ? Pourquoi d’ailleurs devrait-il le condamner, alors que les autres disciples aussi ont vu avant et ont cru après ? Parce qu’il n’a pas mis sa confiance dans l’autorité des hommes ? Nulle part Jésus ne lui en fait le reproche.

Pour ne pas tomber dans ce piège de la division, qui met Thomas d’un côté et les croyants de l’autre, il faut garder l’unité de cette parole, qui est dite à Thomas, et qui nous est adressée aussi dans sa totalité.

Dans cette parole il n’y a pas de condamnation du « voir » qui conduit au « croire ». Si tel avait été le cas, Jésus ne se serait pas montré et le rêve d’un prophète aurait suffit à annoncer la Bonne Nouvelle. D’ailleurs Jésus, seulement quelques lignes plus haut, a bien lié le croire de Thomas à son toucher : « Avance ici ton doigt, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais crois. » Il n’y a pas ici d’opposition entre « voyants » et « croyants ». Quand Thomas demande à voir, il demande de le voir, lui, l’Autre. Il demande de le toucher, d’avoir un contact avec lui. Jésus ne s’y soustrait pas : il le lui accorde. A Thomas, à nous aussi.

Car nous sommes tous des Thomas, à nous aussi ne suffisent pas les témoignages des autres pour croire, nous ne pouvons pas croire aux visions des autres. Nous avons besoin que le Dieu vivant se révèle en nous. Dieu le sait et il ne fait pas l’économie de sa relation directe avec nous.

Ce qui est mis en cause ce ne peut pas donc être la vue de Dieu, ce dont il est plutôt question c’est la tendance, présente en chaque être humain, à se renfermer dans sa propre vision. Ce « Tu » dit à Thomas, nous est aussi adressé. Trop souvent quand nous regardons nous ne voyons que nous mêmes.

Ce à quoi nous exhorte Jésus dans l’unique béatitude de l’Evangile de Jean c’est à nous mettre en marche pour devenir des êtres de confiance qui ne sont pas enfermés dans leurs visions. C’est à sortir de nos autismes, de nos propres visions, pour pouvoir faire place à la confiance dans les autres, dans l’Autre.

Marina

Autres lectures : Psaume 117, Actes des apôtres 5 : 12-16 , Apocalypse 1 : 9-19

dimanche 4 avril 2010

Miettes de la table, Jean 20 : 1-9

4 avril 2010, dimanche de la Résurrection, Jean 20 : 1-9

De résurrection, il n’y en a pas dans ce passage lu en ce matin de Pâques. Nous faut-il abroger l’article du credo sans lequel, comme dit Paul, toute notre foi est vaine ?

Le propos de l’évangéliste n’est pas de nous dévoiler le mystère de la résurrection : point de mise en scène grandiose, point de dissertation sur la nature du corps du Ressuscité.

Il nous propose de parcourir avec les premiers disciples un chemin de foi qui va du désespoir à la joie, de la solitude à la rencontre, de la peur à l’audace.

Marie-Madeleine est la première à se rendre sur le tombeau de Jésus. Sa première réaction est de donner à la disparition du corps de Jésus une explication rationelle ; l’ouverture et le vide du tombeau ne peuvent avoir pour cause qu’un geste malveillant. Marie-Madeleine ne restera pas sur cette première impression et retournera sur le tombeau de Jésus après la visite des deux disciples – dans la chronologie propre à Jean.

Pierre et l’autre disciple ont un départ précipité et une approche circonspecte du tombeau. L’attention de l’évangéliste se concentre sur le verbe voir. Il n’y a pourtant rien d’autre à voir qu’un tombeau vide, ne renfermant que quelques linges

Linges restés là, linges à leur place, linges disant la présence toute récente du corps de Jésus autant que son absence. Ils deviennent signes pour les deux disciples qui, les voyant, chacun à sa manière, croient.

Voir là où il semble ne rien y avoir à voir : tel est le chemin de foi que parcourent ces deux disciples.

Ce chemin se poursuit au fil des chapitres 20 et 21 par diverses rencontres avec le Ressuscité ; aucune ne se produit dans les mêmes circonstances, chacune respecte la singularité de celle ou celui à la rencontre desquels vient Jésus.

Si nous croyons aujourd’hui à la résurrection, c’est parce que nous avons confiance dans ces premiers témoignages de rencontres avec le Ressuscité. C’est aussi parce que nous avons pu faire nous-mêmes l’expérience d’une rencontre avec lui : Jésus n’est pas un survivant de la mémoire collective chrétienne, il est le Vivant. Nous pouvons le dire parce que la puissance de sa résurrection nous a ramenés à la vie.

Jean VILBAS

Autres lectures : Psaume 117 , Actes des apôtres 10 : 34-43 , 1 Corinthiens 5 : 6-8 , Colossiens 3 : 1-4

samedi 3 avril 2010

Miettes de la table, Luc 24 : 1-12

3 avril 2010, veillée pascale, Luc 24 : 1-12

Ne pas maîtriser le grec a du bon : cela oblige, pour essayer de comprendre le texte évangélique, à recourir à plusieurs traductions françaises. On découvre notamment pour ce récit de la résurrection, avec quelle créativité les traductions essaient de rendre compte de l’état psychique de nos personnages. Au début du récit, on trouve au verset 4 des femmes qui, selon les versions, « ne savent que penser » ; « demeurent perplexes… » ; « sont déconcertées »… A la fin, un homme, « tout étonné » ou « tout surpris » de ce qui est arrivé (v. 12).

Que l’expression choisie pour nos femmes soit positive : « être déconcerté » ou négative : « ne pas savoir que penser », elle indique toujours une rupture dans leur action. En effet, Marie-Madeleine, Jeanne, Marie et « les autres femmes qui les accompagnent » ne se trouvent pas devant ce tombeau vide par hasard : elles se sont levées très tôt puisqu’au moment où elles entrent dans le sépulcre, c’est encore « la pointe de l’aube ». Elles viennent les mains chargées d’aromates préparées deux jours avant, c’est-à-dire avant la fermeture des boutiques pour le repos hebdomadaire du Sabbat. Nous avons donc à faire à des femmes organisées et prévoyantes. Et c’est alors que se produit le retournement : ne trouvant pas le corps qu’elles avaient imaginé embaumer, elles « ne savent plus que penser ». C’est dans ce contact brutal avec le réel- une grande claque à toute forme d’imagination et de projection- que la force de la résurrection fait son irruption, symbolisée ici par deux hommes avec un vêtement éblouissant. Elles sont contraintes de reconnaître la vérité : ce qu’elles cherchent, un corps mort, n’existe plus. Elles font le deuil du scénario prévu dans leur petite tête pour écrire une autre histoire, une grand histoire. La résurrection, pour elles, peut avoir lieu.

Quand les choses ne se passent pas du tout comme prévu dans notre vie, comment réagissons-nous ? Nous avons le choix : soit nous raconter toutes sortes d’histoires pour nous conforter dans notre structure habituelle de pensée et refuser la nouveauté de la Vie. C’est ce que nos deux hommes appellent : « chercher le Vivant parmi les morts ». Soit nous prenons acte que notre démarche, notre action n’aboutissent pas. Nous acceptons d’être « déconcerté », de « ne pas savoir » et alors la résurrection peut avoir lieu dans notre vie. Alors, comme les femmes, nous nous délesterons de nos parfums mortuaires pour courir. Alors, comme Pierre, nous retournerons « chez nous » (cf v. 12). Ce lieu de contact vital entre le réel et nous même…Cette rencontre toujours nouvelle, toujours surprenante entre le Vivant et ce qui demeure vivant en nous.

Arnaud ARCADIAS

Prière :

Seigneur, pour moi-même et pour celui/celle ou ceux que je nomme N., je te demande la force d’accepter les ruptures nécessaires de ma vie… d’accepter que l’ « homme ancien » meure de sa belle mort et que ton Esprit vive en moi et en/lui/elle/eux. Amen !

Miettes de la table, Jean 19 : 28-32

3 avril 2010, samedi de la Passion, Jean 19 : 28-32

« J’ai soif. » Ces mots, si ordinaires en apparence, ont fait couler beaucoup d’encre pour signifier qu’au contraire ils ne l’étaient pas. L’évangéliste déjà attribue à Jésus au moment où il les prononce l’intention d’accomplir parfaitement les Ecritures. Jésus aux derniers instants de son agonie ne perd pas de vue qu’en lui se réalisent les paroles prophétiques et le salut qu’elles annonçaient. Il lui faut alors jusque dans les moindres détails se conformer au déroulement prévu afin que précisément « tout [soit] achevé ». Comme un prêtre soucieux de respecter un rituel, Jésus accomplit le sacrifice unique et parfait, étant lui-même le prêtre et la victime. Les exégètes ne manquent pas de renvoyer aux textes auxquels pense Jean et où se trouve formulé ce que Jésus accomplit parfaitement, notamment au verset 22 du psaume 69 (68) : « Quand j’ai soif, ils me font boire du vinaigre. »

Il va de soi que l’on peut voir dans cette parole l’accomplissement parfait de l’Ecriture, et le signe que le salut dont elle est la promesse trouve en Jésus son actualisation, sa réalisation. Toutefois, nombreux sont ceux qui ont voulu aussi donner une interprétation symbolique à ces paroles. Jésus exprimerait là sa soif d’amour (pour Thérèse de Lisieux par exemple « c’est l’amour de sa créature que le Créateur de l’univers réclame, Il a soif d’amour »), un désir inextinguible et qui serait l’expression d’aspirations infinies que ce monde ne pourrait satisfaire. Jésus formulerait là un besoin à interpréter comme signe d’un manque, d’un vide que seul le Père peut et va combler. En cela il représenterait le tragique de la condition humaine marquée par l’exil et le désir de rejoindre la patrie céleste.

Toutes ces lectures se complètent et s’enrichissent. Sans vouloir en retrancher quoi que ce soit, j’aimerais en revenir ici à un « degré zéro » : lorsqu’il dit qu’il a soif, Jésus a soif. La situation qui est la sienne d’homme haletant, d’homme mourant, suffit à charger de sens ces mots. En eux je vois l’expression simple et claire de l’Incarnation, d’une humanité assumée jusque dans l’inconfort ou la souffrance, jusque dans la mort. Au pied de la Croix, Marie a peut-être reconnu la situation présentée dans le psaume, elle a sûrement entendu la demande si souvent renouvelée trente ans auparavant par son enfant, et à laquelle elle pouvait alors satisfaire. Et c’est parce qu’il a consenti à avoir soif et à demander à boire tout au long de sa vie terrestre que nous avons été sauvés. Au chapitre 4 du même Evangile, la Samaritaine l’avait déjà compris.

Michel DESROCHES

vendredi 2 avril 2010

Miettes de la table, Jean 18 : 1 – 19 : 42

2 avril 2010, vendredi de la Passion, Jean 18 : 1 – 19 : 42

Ecce Homo… Voici donc l’Homme que Pilate présente à la foule, homme prisonnier, homme humilié, homme dont l’humiliation vise à nier l’humanité même. Il vient d’être fouetté, sur sa tête a été enfoncée la couronne d’épines, et ses épaules ont été revêtues d’un manteau de pourpre. « Salut, roi des Juifs ! » Quel paradoxe saisissant offre l’image de l’Ecce homo, de ce roi sans aucun pouvoir et qui n’a plus pour seule force que celle de se tenir encore debout ! Il l’avait bien dit à Pilate : « Ma royauté n’est pas de ce monde. »Qu’est-ce que cela veut donc dire ?

Un roi est celui qui détient un pouvoir. Quel est ce pouvoir de Jésus, tel que sa Passion permet de le connaître ? Il me semble qu’il consiste en un refus absolu, catégorique, sans aucun compromis possible, de la violence. Pierre, après la mutilation de Malchus, est prié de remettre de suite son épée au fourreau. Jésus est ligoté, giflé, rien n’y fait : il se contentera de demander « Pourquoi me frappes-tu ? » Est-ce donc là une attitude véritablement royale ? N’est-ce pas de la faiblesse ?

Le paradoxe que propose ce texte est précisément d’associer cette faiblesse extrême à la royauté, et même à la divinité de Jésus. C’est dans sa faiblesse qu’il est fort lui aussi, comme l’apôtre. Le récit que fait Jean de la Passion donne dès les premiers versets des indices de la divinité de Jésus : il sait tout ce qui va lui arriver, il se présente par la fameuse affirmation « Je suis » dont on sait qu’elle est celle qu’utilise Dieu pour se révéler à Israël. Sa divinité n’est pas dans une résistance surhumaine aux coups, aux souffrances effroyables qu’on lui inflige. Il meurt, lui aussi. Ce qu’il y a de divin en Jésus, c’est précisément qu’il meurt quand on voudrait qu’il écrasât ses ennemis pour vivre. Jésus ne répond pas à la violence par la violence et c’est cette attitude divine qui le rend différent du monde et de ses pratiques, c’est cette attitude qui le rend supérieur à Pierre par exemple et à ses bourreaux : sa royauté est bien d’un autre monde.

La Passion est la révélation en Jésus d’un Dieu qui est trop humain pour être de ce monde : c’est en cela qu’il est roi, c’est à cela qu’il doit l’autorité avec laquelle Jean le fait parler. Le suivre, c’est accepter d’être humains, trop humains peut-être pour plaire à tous en ce monde.

Michel DESROCHES

Autres lectures : Psaume 30 , Esaïe 52 : 13 – 53 : 12 , Hébreux 4 : 14 – 5 : 9

jeudi 1 avril 2010

Miettes de la table, Jean 13 : 1-15

1 avril 2010, jeudi de la Passion, Jean 13 : 1-15

Voilà un geste de Jésus que bien peu de chrétiens pratiquent concrètement aujourd’hui ! Il n’accompagne le repas du seigneur que dans un petit nombre de dénominations qui prennent à la lettre l’injonction finale.

Notre passage se divise en trois parties.

La première, descriptive, rapporte avec une grande précision, à travers une série de verbes, les gestes de Jésus lavant les pieds de ses disciples. Si nous nous arrêtons sur chacun de ces verbes et sur le sens symbolique qu’il peut revêtir, cette suite peut introduire une méditation sur le salut dont le lavement des pieds est un signe. Dans l’eau de la bassine se reflète le visage du Christ qui dit oui au projet de son Père pour une humanité dont il s’est approché.

Le dialogue avec Pierre occupe la deuxième partie et souligne ce lien du lavement des pieds au salut : geste de purification et d’identification, il prend une connotation baptismale ; sans efficacité magique – puisque Judas dont les pieds ont été lavés comme ceux de tous les disciples ne change pas de projet – il indique la nécessaire mise au net de nos manières de vivre.

Le dialogue avec Pierre introduit également un deuxième thème : celui du service. Le lavement des pieds est en effet d’abord un geste d’hospitalité, ancré dans les cultures du bassin méditerranéen. Un geste réservé aux serviteurs. Un geste qu’il n’est facile ni d’offrir, ni même de recevoir comme en témoigne la réaction de Pierre.

Jésus qui invite à mettre ce geste en pratique est d’abord celui qui l’a accompli, indiquant ainsi sa volonté de se mettre eu service des autres. Ce choix radical du service nous remplit-il encore de reconnaissance ? Pour Jean, il ne s’agit de rien de moins que d’ « aimer jusqu’au bout » (v. 1)

Comment mettre aujourd’hui en pratique cet exemple laissé par Jésus ?

En faisant avec lui le choix radical du service dans les gestes les plus concrets en faveur de nos proches.

En veillant à ne laisser notre marche entravée ou empoussiérée par quoi que ce soit.

Et, pourquoi pas, en prenant le temps de nous laver mutuellement les pieds – ou les mains – lors d’un temps de prière ou d’une célébration.

Jean VILBAS

Autres lectures : Psaume 115, Exode 12 : 1-14, 1 Corinthiens 11 : 23-26